Romain Dumesnil Romain Dumesnil

Wet Desert [JC71]

Quelles sont vos inspirations pour le projet?
Le projet 'Wet Desert' s'inspire des forces élémentaires invisibles qui composent l'atmosphère terrestre et notre réalité en général.
Comme pour d'autres projets, dont le projet 'O animal que logo sou' que j'avais développé en 2017 au Brésil avec pour point de départ l'élément carbone exploré sous divers angles (diamant, co2, végétal, animal...), pour ce projet j'ai voulu partir d'un élément clé, l'atmosphère, pour imaginer une sorte d'écosystème socio-chimique composé de diverses oeuvres interagissantes entre elles et avec le public.

Pourquoi cet intérêt pour l'atmosphère terrestre?
Alors que nous baignons littéralement dedans comme un poisson dans l'océan, l’atmosphère nous paraît généralement impalpable et invisible, sauf lorsqu'elle devient malade ou est perçue comme un vecteur de maladie pour l'homme, comme c'est le cas actuellement. En ce sens elle me paraît un point de départ intéressant pour une réflexion éco-systémique sur notre propre condition et sur le caractère complexe et intriqué de ce que nous nommons réalité. Elle est en quelque sorte à la fois un concept subjectif et une réalité universelle, une donnée première et le résultat d'une équation en perpétuelle transformation: à chaque respiration l’air agit sur nous autant que nous agissons sur lui et ainsi aussi sur la prochaine respiration. De cette manière penser l'atmosphère c'est aussi penser la nature transitoire et transformative de la matière et de l'énergie qui nous constitue, nous entoure et nous traverse. Une façon aussi de dépasser l'anthropocentrisme qui domine depuis l'ère moderne notre lecture du monde.




Pouvez vous m'en dire plus sur la pièce au centre de l'espace?
Au centre de l'espace se trouve un condensateur qui récupère l'eau en suspension dans l'air pour remplir un bassin dans lequel grandissent des larves d'amphibiens. Au long de l'exposition alors que l'air ambiant va ainsi se dessécher de manière imperceptible pour nous, le niveau de l'eau présente dans le bassin montera pour alimenter la croissance des animaux qui l'occupent* (on peut aussi s'attendre à voir grandir des algues et d'autres formes de vie, à la manière d'une oasis dans le désert). En présentant cette pièce j'ai voulu m'intéresser aux composés cachés de l'air, comme l'eau, mais aussi proposer une interrogation sur notre proximité et interdépendance avec d'autres formes de vie animales, végétales ou bactériennes, dans ce cas notamment par leur caractère hybride entre milieu liquide (larve) et milieu terrestre (animal adulte).

Et les autres pièces?
Au delà de l'air et de ses principaux composants atomiques comme l'oxygène et la vapeur d'eau. je me suis aussi intéressé aux interactions physico-chimiques qui prennent place dans le milieu atmosphérique, notamment aux champs et rayonnements électro-magnétiques qui le parcourent et le modifient à tout instant, et qui agissent de manière souvent imperceptible mais déterminante sur nous et toute la matière qui compose le monde.
La série de sculptures 'Solides' (accrochées au mur) est ainsi produite en utilisant un algorithme lui même altéré par les variations du champ magnétique atmosphérique. Les compositions générées aléatoirement sont ensuite reproduites à la main, ici avec des poudres minérales et de l'aluminium recyclé.
Dans le cas de 'Lapso', les forces du champ-magnétique terrestre sont également rendues visibles. Pour ce travail, deux pierres volcaniques magnétisées sont placées en lévitation, chacune attirée par l'autre elles se maintiennent en tension dans un équilibre précaire.
A l'autre extrémité de l'espace et en écho à cette pièce, 'Untitled' présente un assemblage d'objets en forme de jeu de réflexion utilisant le rayonnement électro-magnétique d'un laser comme lien dont l'aspect statique n'est encore une fois qu'une apparence.
Et pour finir 'Elevation' présentent plusieurs volumes flottants remplis d'helium, un gaz qui est, après l'hydrogène, l'élément le plus abondant de l'Univers. Ici les sculptures balancent et se déplacent au grès des mouvements de l'air générés par la circulation des visiteurs, comme une réponse à leur présence.





Dans quelle mesure la forme des pièces est-elle importante pour vous?
En tant qu'artiste visuel je m'intéresse à la manière dont la forme, la structure tangible du travail est susceptible de produire non seulement un lien avec le public mais aussi entre les pièces elles-mêmes, à la manière d'un dialogue ou de variations/extensions d'une proposition de langage initiale dans l'espace. En ce sens je considère mon travail essentiellement comme de la sculpture. Dans ce cadre je porte beaucoup d'intérêts aux éléments géométriques (cercles/sphères, carrés/lignes droites, angles...) auxquelles j'associe une potentialité ancestrale quasi magique (qui traverse les cultures) et à laquelle j'aime combiner des formes ou déformations organiques qui rappellent le caractère transitoire et fluide des formes et de la matière. Pour cela j'aime travailler avec des objets collectés et des matières qui possèdent leur propre capacités transformatives, pouvant évoluer bien au-delà de mon contrôle durant l'exposition et plus loin.